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Ramassage de mégots à Fécamp : parti seul pour une collecte citoyenne née de mon initiative, j’ai découvert bien plus que des déchets au sol. Entre les rues, le port, les encouragements des passants et les petites failles du quotidien, cette journée m’a appris à regarder Fécamp autrement.
Un ramassage de mégots à Fécamp né d’une initiative personnelle
Ce jour-là, je ferme la porte de chez moi avec un sac cabas dans une main et des gants dans l’autre. Mon idée paraît simple : parcourir Fécamp pour ramasser les mégots et les petits déchets abandonnés au sol.
J’ai proposé cette action parce que je ne voulais pas seulement parler de cadre de vie, de littoral ou d’environnement. Je voulais agir concrètement, même à une échelle modeste.
Je suis bénévole et adhérent de Vivre en Transition, une association fécampoise engagée dans la transition écologique et citoyenne. L’association a accepté de faire connaître mon initiative dans sa newsletter. J’avais également déposé une affiche à l’espace Henri-Dunant.
J’invitais chacun à venir sans inscription ni engagement particulier. Il suffisait d’apporter un peu de temps et l’envie de participer.
Je me suis présenté au rendez-vous. Personne ne m’a rejoint.
Je ne vais pas prétendre que cela ne m’a rien fait. Quand on lance une initiative, on espère toujours voir arriver au moins une personne. Je n’attendais pas une foule, seulement quelqu’un avec qui avancer et partager l’effort.
Après quelques minutes, j’ai commencé seul.
Balayer devant sa porte, au sens propre
Je débute devant chez moi, presque naturellement. L’expression « balayer devant sa porte » prend aussitôt un sens très concret.
Les premiers mégots apparaissent avant même que j’aie parcouru cent mètres. Certains se confondent avec le bitume. D’autres restent coincés contre une bordure ou dans une fissure du trottoir.
Je ne découvre ni gros tas ni dépôt spectaculaire. Je trouve une pollution ordinaire, discrète, devenue presque invisible à force de faire partie du paysage.
C’est peut-être le premier enseignement de la journée. Nous ne remarquons plus toujours ce que nous voyons chaque jour.
Je remonte ensuite vers l’abbaye, puis vers la rue André-Paul-Leroux. Je m’attendais presque à ce que les lieux les plus emblématiques échappent au problème. Quelques mégots suffisent pourtant à rappeler que la beauté d’un bâtiment ne protège pas le sol qui l’entoure.
Le patrimoine dépend de l’histoire et de sa conservation. La propreté quotidienne repose sur une multitude de gestes beaucoup plus simples.
En avançant lentement, je regarde les pieds des murs, les bordures, les grilles et les angles des trottoirs. Je ne traverse plus seulement la ville pour rejoindre une destination. Je commence à la lire autrement.
Les petits bugs du quotidien
Plus j’avance, plus je remarque de petites failles très concrètes.
Sur certaines poubelles, des fumeurs ont posé leurs mégots directement sur le couvercle. Ils ne les ont pas vraiment jetés au sol, mais ils ne les ont pas éliminés non plus. Le vent finit par les faire tomber. Ils roulent ensuite vers la bordure ou le caniveau.
Devant plusieurs entreprises ou commerces, des boîtes et des pots servent de cendriers improvisés. L’idée peut fonctionner lorsque quelqu’un les vide régulièrement. Lorsqu’ils débordent, les mégots tombent autour du récipient et se dispersent dans la rue.
Devant le bureau de tabac, la scène résume bien le problème. Des poubelles et des cendriers se trouvent à proximité. Malgré cela, des mégots couvrent le sol à quelques centimètres des équipements.
Le manque d’infrastructures n’explique donc pas tout. Certains équipements restent trop petits, trop pleins ou mal adaptés. Parfois, le geste s’arrête simplement quelques centimètres trop tôt.
Ces détails peuvent sembler insignifiants. Pourtant, leur répétition alimente une pollution continue. Le mégot posé sur une poubelle semble presque rangé. Quelques minutes plus tard, il rejoint pourtant le même circuit que celui jeté directement au sol.
Seul au rendez-vous de la place de l’Éclipse
J’arrive ensuite devant les statues de la place de l’Éclipse, où j’avais fixé le rendez-vous. Je reste quelque temps sur place, mais personne ne vient.
À cet instant, la solitude devient très concrète. Il y a mes gants, mon cabas, les statues et cette initiative qui repose entièrement sur moi.
À deux, nous aurions pu prendre chacun un côté de la voie. Nous aurions couvert davantage de terrain et progressé plus rapidement. La collecte aurait aussi gagné en convivialité.
Je pouvais rentrer chez moi et considérer que l’absence de participants annulait l’action. Je pouvais aussi poursuivre ce que j’avais décidé de faire.
J’ai choisi de continuer.
Je ne l’ai pas fait pour jouer au héros ni pour donner une leçon. Les mégots restaient au sol, même sans participants. La raison de les ramasser n’avait pas disparu avec l’absence du groupe.
Cette décision a changé le reste de ma journée. Je n’attendais plus que la collecte commence. Elle avait déjà commencé, avec moi seul.
Des passants beaucoup plus encourageants que prévu
Avant de partir, je craignais un peu le regard des autres. Je me demandais comment les gens réagiraient en voyant un homme seul examiner les trottoirs avec une pince et un sac.
Je pensais que certains pourraient se moquer ou me prendre pour un original. Dans l’espace public, une activité inhabituelle attire facilement les regards.
La réalité m’a surpris dans le bon sens.
Plusieurs passants m’ont félicité. D’autres m’ont encouragé, souri ou adressé un signe de tête. Ces réactions restaient simples, mais elles ont changé l’ambiance de la collecte.
Les encouragements ne remplacent pas une deuxième paire de bras. Ils montrent néanmoins que les habitants remarquent ce genre d’action et comprennent son utilité.
J’étais parti en imaginant quelques réactions moqueuses. J’ai surtout rencontré de la bienveillance.
Cette expérience m’a rappelé que nous anticipons parfois un jugement plus dur que celui que les autres portent réellement sur nous.
Des rues de Fécamp jusqu’au port
En atteignant le front de mer, je commence à voir les mégots d’une autre manière. Ils ne représentent plus seulement des déchets isolés. Ils suivent des trajectoires.
Le vent les déplace le long des bordures. La pluie les entraîne vers les points les plus bas. Les caniveaux les conduisent vers les grilles et les évacuations.
À Fécamp, ce trajet mène souvent vers le port, puis vers la mer.
Sur les quais, les mégots s’accumulent autour des lieux d’attente, des bancs et des portes. Ils restent aussi coincés dans les rainures où l’eau les rassemble.
En avançant vers la jetée et le phare rouge, leur destination possible devient évidente. Un mégot jeté dans une rue peut parcourir plusieurs centaines de mètres sans intervention humaine.
La ville forme un circuit. Les rues, les pentes, les caniveaux et le port communiquent entre eux.
Ramasser un mégot ne sert donc pas seulement à rendre un trottoir plus propre. Ce geste interrompt aussi son voyage vers l’eau.
Une fois dans le port ou au large, personne ne pourra facilement le récupérer.
Une action qui m’a fait oublier mes problèmes
Au fil de la collecte, un autre changement se produit. J’oublie progressivement mes propres préoccupations.
Les démarches, les rendez-vous et les soucis du quotidien passent au second plan. Mon attention se concentre sur une tâche précise : avancer, observer, repérer et ramasser.
Le travail demande de la patience. Il fatigue parfois, surtout lorsque le vent déplace les petits déchets. Pourtant, cette activité m’apporte aussi une forme de calme.
Contre toute attente, je passe un bon moment.
Je redécouvre l’abbaye, les rues, le front de mer, les quais et le port. Je remarque des perspectives et des détails auxquels je ne prêtais plus attention.
On peut habiter une ville pendant longtemps sans vraiment la regarder. Il suffit parfois de ralentir pour découvrir à nouveau ce que l’habitude avait effacé.
Cette journée m’a fait aimer Fécamp encore davantage. Cet attachement ne repose plus seulement sur ses paysages ou son patrimoine. Il vient aussi du temps consacré à prendre soin de la ville.
Je suis seul, mais je ne me sens plus inutile ni isolé. J’agis, je marche et je découvre mon territoire sous un angle nouveau.
Plus de 1 500 mégots retirés de l’espace public
À la fin du parcours, le sac cabas ne paraît pas particulièrement rempli. Il contient un fond de papiers, de petits plastiques et de déchets divers.
La bouteille remplie de mégots raconte une autre histoire. En ajoutant ceux restés dans le cabas, le volume collecté représente plus de 1 500 mégots.
Ils ne proviennent pas d’un dépôt sauvage ou d’une zone abandonnée. Je les ai trouvés dans des lieux ordinaires : rues, quais, abords de poubelles, passages fréquentés et front de mer.
Un mégot isolé semble insignifiant. Mille cinq cents mégots forment une pollution bien réelle.
Selon l’ADEME, un seul mégot peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau. En appliquant cet ordre de grandeur au résultat de la collecte, on atteint un maximum théorique de 750 000 litres d’eau potentiellement préservés d’une contamination.[1]
Ce calcul ne mesure pas directement l’eau du port de Fécamp. Il donne une échelle et montre comment de petits déchets peuvent produire un impact considérable lorsqu’ils s’accumulent.
Ce que la collecte empêche de rejoindre la mer
Les mégots ne contiennent pas seulement du tabac et du papier. Leurs filtres renferment notamment de l’acétate de cellulose, une matière plastique qui peut libérer des microfibres.
Au contact de l’eau, les mégots peuvent aussi relâcher de la nicotine, des métaux et différents composés toxiques. Des recherches ont montré les effets nocifs de ces rejets sur des organismes aquatiques.[2]
Certains animaux peuvent absorber ces substances. Les microfibres peuvent également circuler dans les réseaux alimentaires aquatiques.[3]
Je ne peux pas affirmer que chacun des mégots ramassés aurait nécessairement fini dans la mer ou dans un organisme vivant. Une telle conclusion irait trop loin.
En revanche, leur retrait réduit concrètement ce risque. Ces filtres ne rejoindront pas les caniveaux. Ils ne libéreront pas leur contenu dans le port et ne se fragmenteront pas dans le milieu marin.
Le résultat dépasse donc largement le volume visible dans le cabas. Il comprend aussi une pollution qui ne se produira pas à cet endroit.
Pourquoi je recommencerai
Je rentre seul, comme je suis parti, mais cette solitude a changé de sens.
Au départ, elle représentait l’absence des personnes que j’espérais voir arriver. Au retour, elle témoigne surtout d’une décision tenue jusqu’au bout.
Cette journée n’a pas réglé le problème des mégots à Fécamp. Elle a néanmoins permis d’en retirer plus de 1 500. Elle m’a aussi aidé à identifier plusieurs failles concrètes et à comprendre le trajet des déchets vers la mer.
J’espère que les prochaines collectes réuniront au moins deux personnes. Nous pourrons couvrir les deux côtés de la voie en même temps et rendre l’action plus conviviale.
Cependant, je ne veux pas faire dépendre la continuité du projet de la présence des autres. Si personne ne vient, je poursuivrai seul.
Lorsqu’on nettoie correctement un secteur, il peut rester propre pendant plusieurs semaines. Le travail ne disparaît donc pas dès la fin de la collecte. Il laisse une trace durable et rend l’espace plus agréable.
Cette première sortie m’a apporté plus que je ne l’imaginais. Elle m’a rendu utile, m’a libéré l’esprit pendant quelques heures et m’a rapproché encore davantage de Fécamp.
Participer à la prochaine (proposée à présent par Le-Fecampois.fr.)
Les collectes de déchets et de mégots ont lieu tous les samedis à 14 h 30.
Rendez-vous : place de l’Éclipse à Fécamp, devant les statues.
Prévoyez une pince de ramassage suffisamment longue, un sac cabas ou un sac solide, des gants et une bouteille d’eau.
Aucune inscription n’est nécessaire. Chacun peut participer à son rythme, même pendant une courte durée.
L’objectif reste simple : empêcher autant que possible les déchets des rues, du port et du front de mer de poursuivre leur trajet jusqu’à l’eau.
Collecte
Références factuelles
[1] L’ADEME reprend l’ordre de grandeur maximal de 500 litres d’eau pollués par mégot.
[2] Des études ont identifié dans les lixiviats de mégots des composés toxiques pour les organismes aquatiques, dont nicotine, métaux, hydrocarbures aromatiques, phtalates et composés organiques volatils.
[3] Les filtres peuvent libérer des microfibres plastiques, et des recherches ont documenté l’absorption de certains composés issus de cigarettes par des organismes aquatiques.